vendredi 30 juin 2017

Du bio aux pesticides: comment ça marche?

Du courage


d’Isabelle Saporta


Journaliste d’investigation, documentariste et chroniqueuse, Isabelle Saporta s’attaque aux sujets des plus épineux que nous retrouvons dans nos assiettes : pesticides, OGM et toute la pollution qui nous arrose quotidiennement.

Dans cet ouvrage, elle détricote les lobbys liés à l’agroalimentaire et tout le système politique qui en découle. Nous y découvrons l’inertie, le manque de « courage » de certains, le manque de moyens aussi. Mais surtout Isabelle Saporta met en lumière toutes les aberrations de ce système qui ne fait que détruire notre biodiversité, notre santé et par extension notre culture et patrimoine.

Ainsi dans cet essai elle aborde le combat contre les lobbys, l’alimentation bio et toutes les mécaniques absurdes qui font obstacles. Par exemple les perturbateurs endocriniens qui abreuvent dans les assiettes des consommateurs et la politique qui se cache derrière : « La commission , qui, manifestement, n’a pas peur du ridicule, a trouvé le moyen d’établir une réglementation censée interdire les perturbateurs endocriniens, mais qui permet en fait d’éviter à ces substances d’être interdites ! A quel motif ? Ces produits ont été créés pour être des perturbateurs endocriniens qui ont des effets sur la faune, non ? Donc on ne va pas les interdire parce qu’ils auraient des effets sur la faune et sur nous, non ? Voyez comme les choses sont simples quand on parle couramment le langage des lobbyistes ! »

Isabelle Saporta ne fait pas que s’appuyer sur les actions des lobbys, les décisions institutionnelles, elle cite des faits très concrets de paysans victimes de ce système absurde. Mais ces paysans avec l’épée de Damoclès au-dessus de leur tête ne sont que les victimes à très court terme, les consommateurs et les générations futures vont en pâtir lourdement, salement. L’obligation d’abandonner les races rustiques au détriment de races fragiles mais productives, l’abandon forcé d’espace naturels (prairies...) qui n’ont que pour but de nourrir une biodiversité et donc de nous nourrir sainement pour les transformer en champs céréaliers gourmands en pesticides, sont que de maigres exemples de cette destruction massive de nos terres paysannes au profit d’une agriculture intensive ou d’élevage productiviste.
Tout y passe, les abeilles, les abattoirs, les pesticides, le CETA, TAFTA, la pêche, le bitume (et oui une belle usine de bitume au sein du vignoble du Chablis) et la dilapidation des petites exploitations au profit des grosses firmes en particulier celles provenant de l’Empire du Milieu !

Très bon ouvrage, accessible, instructif qui offre de très bonnes clés pour comprendre ce qu’on veut
nous faire manger, boire et respirer !

C. Bertin

lundi 1 août 2016

Dialogues à bout de souffle

SUR LA TRACE DE NIVES




ERRI DE LUCA
Récit à deux voix, celle d'Erri de Luca et celle de Nives Meroi, tous les deux alpinistes, ils nous livrent leurs impressions intimes sur l'alpinisme, leurs ascensions épiques ainsi que leur réflexion sur
notre société. Un homme, une femme, l'un écrivain et l'autre himalayiste, mais tous les deux alpinistes. Ainsi à travers ses conversations échangées sous une tente en pleine expédition, nous découvrons à bout de souffle, leurs anecdotes, leur univers, leur manière d'écrire leur histoire en se frayant une voie sur une pente raide afin d'atteindre la cime.

Sous la plume d'Erri de Luca, son engagement politique, sa vie de poète écrivain et ses ascensions se succèdent au gré de mots clés tel des broches ou pitons qui ponctuent la voie à suivre, le destin. Un piolet, une plume, un marteau, un sentier, une amorce syntaxique, des briques, une neige fraîche, une page blanche, un mur tout se mêle pour construire, raconter une histoire, accomplir un exploit qu'il est difficile souvent de partager.

Raconter ces exploits, ces ascensions difficiles, c'est aussi pour Erri de Luca faire un parallèle avec notre civilisation, notre société, notre système économique et politique. Ces deux univers ne sont pas symétriques car leurs codes diffèrent : 
p136 « En bas dans les villes, les mots sont de l'air vicié, ils sortent de la bouche à tord ou à travers, ils ne portent pas à conséquence. En bas ils sont gaspillés dans le brouhaha de la politique, de la publicité, de l'économie qui disent des mots sans devoir les faire, sans poids. Ici en haut nous les gardons dans la bouche, ils coûtent énergie et chaleur, nous utilisons les mots nécessaires, et ce que nous disons, nous les faisons ensuite. Ici, les mots vont de pair avec les faits, ils font couple. »

Très beau récit empli de poésie, d'images, de métaphores à bout de souffle, un souffle dit-il qui nous appartient pas car il faudra le rendre.

C.Bertin

samedi 23 avril 2016

Morts suspectes dans le milieu du cognac


COGNAC
1. LA PART DES DÉMONS


Scénario : COBEYRAN & CHAPUZET

Dessin : LUC BRAHY

Couleur : AURORE FOLNY
Éditions Delcourt


Une bande dessinée dont la toile de fond se déroule sur les coteaux charentais autour de Cognac même. Originaire de Saintes, l’héroïne, Anna-Fanély Simon une journaliste reporter habituées des pays en guerre, se voit confier une mission inhabituelle, celle d'élaborer un reportage sur le pays cognaçais et plus particulièrement sur le Cognac et ses aficionados. Et c'est une fois sur les lieux que tout bascule pour cette journaliste aux allures de garçon manqué et parisienne d'adoption, qui va découvrir que sa meilleure amie est décédée dans des circonstances qui laissent encore planer des doutes. Ainsi ses objectifs sont bouleversés.

Ce premier tome vous emmène sur les routes charentaises et les lecteurs originaires de ce terroir reconnaîtront des lieux connus comme des bars, restaurants, maisons du cognac et même certains personnages de la BD n' appartiennent pas à la fiction mais existent réellement.

Le scénario est écrit par Corbeyran et Jean Charles Chapuzet, qui lui est originaire de ce terroir et est un fin connaisseur du cognac ce qui donne tous les arômes nécessaires pour distiller ce premier opus.
A chaque page, Luc Brahy, dessinateur, nous fait découvrir tout ce qui compose ce patrimoine : architecture, rues, nom des villages, les coteaux recouverts de champs de vigne ou de tournesols et parfois parsemés de ses vieux moulins à vent mal entretenus.

Ce reportage se transforme très vite en une enquête sur deux morts mystérieuses dans le milieu du cognac. Les répliques sont vives et cinglantes et révèlent très vite certains enjeux. Un joli premier cru qui nous laisse en suspend en attendant la suite de l'enquête.

C. Bertin