dimanche 27 avril 2014

Polar : entre meurtre et tambour chaman en Laponie

Le Dernier Lapon



Olivier Truc


Journaliste pour Le Monde et Le Point et correspondant vivant à Stockholm, il est un spécialiste de la culture nordique, baltique. Dans ce premier roman, roman policier qui a reçu le prix Quais du polar 2013 et le prix Mystère de la critique en 2013 aussi, Olivier Truc nous plonge dans la culture des Sami dont très vite on en saisi la complexité et surtout notre manque de connaissance.







 Le peuple Sami



Ce peuple autochtone recouvre une zone très vaste allant du nord de la Suède, de la Norvège et de la Finlande ainsi que la péninsule de Kola en Russie. Autrefois ils vivaient de pêche, d’élevage de rennes mais seulement 85000 Sami en vivent encore.

Ce peuple aborigène vécut bien des outrages à leur culture et civilisation avec tout d’abord l’évangélisation des pays scandinaves qui débutèrent au XIIème siècle.

Leur religion à base de chamanisme connut donc un déclin dès l’époque médiévale pour laisser place au christianisme.

Leurs connaissances, leur histoire ne se transmettaient que par voie orale en particulier à travers leur chant traditionnel appelé joïk, chanté a cappella où les sons lents montent du fond de la gorge et sont emplis de colère et de douleur. Les missionnaires et pasteurs les qualifiaient de « chansons du diable ». Ces "joïks" étaient aussi scandés au rythme des tambours Sami par les chamans.

Le roman.

C’est un polar très finement construit qui oscille bien entre les techniques du roman policier et le roman ethnologique. Tout d’abord, on se retrouve avec un mystérieux tambour Sami disparu, volé puis le meurtre d’un éleveur de rennes Sami. Deux policiers sont affectés à l’enquête, mais ce n’est pas la police ordinaire. C’est la police des rennes, celle qui est affectée à gérer les « querelles » entre éleveurs et à maintenir l’ordre entre la culture Sami et les scandinaves du sud.
Nous avons donc un binôme de policiers, dont l’un est d’origine Sami, proche de la retraite et l’autre est une jeune policière qui sort de l’école et qui ignore tout de la culture Sami.
Ce duo nous entraîne donc dans ce monde inconnu, dans une ambiance polaire où les paysages d’hiver où le soleil n’est visible que quelques minutes sont magnifiquement décrits. Peu habituée à ce monde nouveau et mystérieux, nous apprenons tout à travers le regard de cette jeune policière.

Tambour Sami
Ainsi l’éleveur Mattis que nous rencontrons au début du roman est retrouvé poignardé et les oreilles tranchées. Homme solitaire et buveur, sa mort provoque bien des rumeurs et réveille des vielles histoires et querelles. Le vol du tambour aussi. Soixante et onze authentiques tambours Sami sont répertoriés et connus des spécialistes. Or celui-ci suscite bien des interrogations sur son authenticité et les causes de sa disparition.
La population Sami se trouve chamboulée à cause de ce meurtre et du vol du tambour. Des liens entre les deux ? Les jeunes policiers, Klemet et Nina n’osent pas de suite y penser. Trop de choses entrent en jeu avec les enjeux politiques entre les différents partis et la venue à Oslo de l’ONU pour une conférence.
Ils devront donc jouer les fins limiers pour déjouer les plans des policiers de la ville qui veulent classer l’affaire, car le tambour chaman et les démêlés avec la population Sami peuvent « entacher » cette conférence et la réputation des pays scandinaves.
Klemet et Nina vont tenter de retrouver ce tambour chaman qui semble recéler de lourds secrets et en parallèle, un français géologue réputé pour ses compétences mais aux mœurs répugnantes va aussi intervenir pour une espèce de chasse au trésor après qu’un vieux paysan lié aussi à l’enquête lui confie une vieille carte géologique qui indiquerait l’emplacement d’un gisement d’or.
C'est dans cette quête que nous découvrons tout le passé colonial et toutes ses exploitations minières qui ont scarifié ce territoire et spoliés les Sami dans leur être et dans leur chair.

De fil en aiguille, les retournements de situation se succèdent, de nouvelles pistes s’affinent dans ces décors de Laponie où des personnages très attachants et mystérieux émergent comme Aslak, le dernier éleveur de rennes qui n’accepte aucun appareil technologique ou moderne. Il ne se déplace qu’à ski sur des distances insoupçonnables pour garder ses rennes et ne possède qu’une vieille radio dans son gumpi. Les autres éleveurs le craignent mais le respectent aussi. Sa carrure, son silence, son regard, son mode de vie en imposent même au lecteur. Il sera présent pendant tout le roman même dans les passages où on ne parle pas de lui. Cette présence forte incarne toute l’âme lapone qui se bat pour perdurer dans un avenir incertain.

Durant ce roman de plus de 500 pages deux questions nous taraudent:
Pourquoi cet éleveur eut les oreilles tranchées et marquées comme les oreilles des rennes ?
Quel message ou magie cache ce tambour ?

Excellent polar qui vous surprendra avec tous ses rebondissements, la richesse culturelle et celle des êtres qui peuple la Laponie. On aimerait aussi connaître une suite avec ce duo de policiers profondément humains.

Voici un Joïk:




  Céline B.

2 commentaires:

  1. Ça donne vraiment envie de le lire, bien au chaud sous la couette !

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