dimanche 29 juin 2014

Murmure des cimes



LE MURMURE DES CIMES
 DANIEL GREVOZ
Guide de haute montagne depuis 1972, Daniel Grévoz s’adonne aussi à l’écriture de récits, romans historiques sur les grands espaces et le Sahara. Plusieurs fois récompensé, il nous livre ici un roman sur la montagne dont sa plume nous invite à partager les états d’âme de Germain, soldat traumatisé par la guerre 1914-18.
 Ayant perdu l’usage de la parole, ce jeune soldat ne rêve que de redevenir un homme et non cet être répugnant que cette enfer de la guerre a peu à peu engendré.

Empli de visions d’horreurs et de toutes les traces laissées par ce carnage, Germain souhaite redevenir le montagnard qu’il était. Poussé à s’isoler dans un chalet en alpage, il devra réapprendre à vivre, à assumer son handicap que le monde des hommes en bas méprise et raille. Les jours passent, sa haine des hommes demeure, mais la nature, les montagnes qui l’entourent commencent à lui offrir de nouvelles perspectives qui vont atténuer ses souffrances et faire émerger et entrevoir encore la possibilité de pouvoir s’émouvoir et s’émerveiller.
P81 : « Une heure d’intense dialogue avec l’inaudible et l’indicible que la présence du bouquetin rendait parfaitement perceptible. » 

Condamné à ne plus communiquer avec le monde des hommes, il va réapprendre à parler avec la nature. Seul des notes griffonnées ou croquis ébauchés sur un carnet vont témoigner de sa renaissance.
Renaissance. Il s’agit bien de cela. Deux rencontres déterminantes vont le réconcilier avec la vie. De la montagne qui n’était qu’un refuge pour sa solitude deviendra celle du partage et un moyen d’expression.
Daniel Grévoz affirme un talent sûr pour évoquer la montagne des « montagnards » et non celle des alpinistes, tel qu’il le dépeint sous le regard de son personnage Germain.

Des sensations physiques aux élans spirituels, du monde civilisé et visible à celui de l’invisible où le dialogue ressurgira, Germain apprendra progressivement à faire le lien grâce à l’ « aristocrate » des cimes puis avec Pauline dont le deuil de son frère alpiniste se construira en découvrant le monde de la montagne.

L’auteur, à travers ce récit émouvant et très intense, semble aussi « redonner » une définition du « montagnard », qui peut être aujourd’hui se perd avec ses alpinistes pratiquant le « speed climbing » ou des « montagnards consommateurs de montagne ».
Il donne ici une dimension noble, poétique, intensément sensorielle et contemplative de la montagne et de ce qu’elle peut apporter en termes de réponses, de réflexions sur notre propre existence. Alliant Beethoven aux contours effilés des cimes, de l’écrit au geste, il nous transmet peut être la voie pour accéder à l’ »éternel ».
P98 : «Vivre une ascension sans aboutissement, sans sommet, sans fin. Éternelle ! Se diluer dans l’espace… Se détacher de la vallée. Ne plus être qu’une brume au flanc des montagnes. »

C’est un roman certes court, mais qui se lit lentement tant il est dense et riche. Il se parcourt bien sur le mode de la contemplation. Afin de suggérer l’évolution des états d’âme de Germain, chaque chapitre débute par une citation d’écrivains ayant écrit sur la montagne. Cependant beaucoup de phrases du roman pourraient devenir illustres ou du moins inspirer bon nombre de lecteurs.

  Céline B.

1 commentaire:

  1. Merci beaucoup pour cet article qui donne envie de lire le livre : "Le Murmure des Cimes" de Daniel Grevoz.

    Bonne journée.

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