samedi 3 janvier 2015

Un rocher sacré, des plateformes pétrolières, des plongeurs et éleveurs Sami survivant en eaux troubles.



Le Détroit du Loup
 Olivier Truc 
Dans le Dernier Lapon, Olivier Truc met en scène un binôme de policiers, Klemet et Nina qui doivent mener une enquête parmi les éleveurs de rennes mêlant chamanisme et culture Sami. Ici, Olivier Truc nous entraine dans le monde des plongeurs qui travaillent sur les plateformes pétrolières en Norvège. La culture Sami est toujours présente car un conflit se dresse entre les éleveurs et les prospecteurs étrangers qui veulent agrandir leurs zones de forage.
Le roman débute sur la mort d’un éleveur qui tente de faire traverser son troupeau de rennes dans une rivière : meurtre ou accident ? C’est ce que Klemet et Nina devront trouver. A partir de cet événement, d’autres morts mystérieuses vont s’ensuivre dont celle du maire près du rocher sacré menacé d’être arraché pour être posé ailleurs afin de construire une route pour accéder à un futur site pétrolier.
Problèmes de territoires, de traditions, de transactions immobilières et du réchauffement climatique s’entremêlent dans ce polar et font émerger des personnages attachants comme Sormi un plongeur doué, Anneli éleveuse de rennes et veuve qui rappellent un peu le personnage d’Aslak dans Le Dernier Lapon. Peu à peu, nous découvrons le milieu dur et impitoyable des plongeurs travaillant sur les sites de forage et surtout l’évolution de de leur histoire et l’utilisation des caissons de décompression. Ce fut une époque aussi où on expérimentait la décompression et des éleveurs Sami, à qui on leur avait fait perdre leurs pâturages et donc leurs troupeaux étaient devenus « plongeurs » sans savoir nager seulement pour faire l’objet d’expérimentations scientifiques. C’est alors que les abus, accidents ont traumatisé bien des familles, Sami ou non.
Ce polar bien ficelé fait surgir des questionnements sur le réchauffement climatique et ses causes :
 p 274 : « Il était connu dans le temps un éleveur qui vivait à l’ancienne. Il ne lui avait jamais parlé. Mais il l’avait observé» de loin. Un gars qui gardait encore ses rennes à ski. Un illuminé, encore comme Erik Steggo finalement, un gars qui refusait le progrès, à son goût, et qui surtout vivait dans une bulle, refusant de voir que le monde changeait. Garder ses rennes à ski ou à cheval, à quoi ça menait tout ça, alors que le réchauffement climatique, les compagnies minières et les multinationales pétrolières étaient en train de tout réduire à néant. » 
 et aussi sur l’exploitation des plongeurs,
 p394 : « C’était comme sur ses plateformes, vous comprenez, si tu l’ouvrais, hop, le premier hélico, back home, bye bye tout le monde, adieu la belle vie, les Rolex et les bagnoles de sport, les nanas à gogo. Alors on fermait sa gueule, on serrait les dents, pour pas se retrouver sur les listes noires. Parce que si t’allais voir le toubib, ça revenait à trahir la compagnie, vous pigez ? La plongée profonde était centrale pour le développement du plateau continental. Sans plongeur, pas de pétrole, c’est aussi simple que ça. »
Ce polar nous fait découvrir une autre histoire du devenir de la culture Sami et à quel prix nous avons accès au pétrole et les enjeux à terme.
Encore une belle histoire même si j’ai préféré le Dernier Lapon.


  Céline B.

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